Différenciation, autonomie et indépendance
- alicebiteaupsychol
- 1 déc. 2025
- 3 min de lecture
J'aime à dire (mes patient·es diraient même que je radote...) que le bien-être psychique est avant tout une question d'EQUILIBRE.
L'équilibre, c'est n'être ni dans le trop, ni dans le pas assez, c'est n'être ni dans le « tout comme... », ni dans le « tout contre... ». C'est donc : trouver une posture la plus juste possible, pour nous, et pour les systèmes dans lesquels on évolue. C'est la définition même de la Différenciation, l'un des concepts centraux de la Thérapie d'Approche Systémique.
Laissez-moi vous expliquer :
Un être humain ne se développe jamais seul, il grandit et évolue dans des systèmes, des environnements, dont le premier, central, est la famille (et notamment la Famille nucléaire : enfants et parents).
La manière dont nos parents (ou tuteur·ices) nous ont élevé·es est primordial dans notre développement, et dans la manière dont nous nous projetons dans l'avenir. Il est alors assez commun d'entendre des discours comme « Quand je serai grand / adulte / parent à mon tour / etc..., je ferai tout comme mes parents », ou au contraire « Je ferai tout l'inverse de mes parents, car... ».
Or, ni le « tout comme... », ni le « tout l'inverse de... » ne permettent de s'émanciper et de trouver une véritable autonomie.
Petite Parenthèse :
L'autonomie, c'est la capacité d'une personne à se gouverner seule, à prendre des décisions éclairées, selon ses valeurs propres, et à agir pour son bien-être. A ne pas confondre avec l'indépendance, qui est l'absence de dépendance matérielle, c'est-à-dire la capacité d'une personne à agir seule, sans l'intervention d'autrui. On peut très bien être indépendant·e (vivre seul·e, avoir un travail, des ressources financières...) sans être autonome (pas séparé·e psychiquement de ses parents, difficultés à prendre des décisions pour son bien-être...). On peut également être autonome sans être indépendant, si vous prenez l'exemple d'une personne en situation de handicap moteur qui aurait besoin d'aide, d'assistance, pour de nombreux aspects de sa vie (manger, se changer, se déplacer → pas indépendant·e), mais qui serait complètement autonome sur la prise de décision, sur le fait de savoir ce qui est bon pour elle, sur le fait d'avoir une conscience de soi, etc...
Se différencier, c'est un processus tout au long de la vie, un processus de croissance personnelle, qui vise à sortir à la fois des relations fusionnelles ET des relations d'opposition perpétuelle à ses figures d'attachement.
Se différencier, c'est exister pleinement en tant que personne, mais tout en appartenant au groupe.
Se différencier, c'est se détacher des coalitions, des conflits de loyauté...
Alors comment savoir si un travail de différenciation est nécessaire ?
→ Si des conflits familiaux reviennent en boucle.
→ Si vous êtes le membre de la famille qui semble « porter » tous les problèmes.
→ Si la communication est bloquée, ou « toxique ».
→ Si les transitions naturelles de la vie (de l'enfance à l'adolescence, naissances, départs, déménagements...) créent des crises majeures et sont sources de souffrance.
→ Si des secrets semblent peser lourd dans l'atmosphère.
Tous ces symptômes sont des signaux d'alarme pouvant indiquer la nécessité d'une prise en charge thérapeutique, et certainement la nécessité d'un travail de différenciation.
L'un des outils centraux de ce travail est le Génogramme, que je pratique, et qui permet d'explorer les liens familiaux, à l'aide d'un support constitué ensemble.
Pour finir, il me semble important de rappeler que si vous avez subi des violences, des traumatismes, du harcèlement..., l'objectif d'une thérapie n'est en aucun cas d'effacer la responsabilité d'autrui. En effet, il y a souvent la sensation, lorsqu'on a été victime, d'une double peine : « non seulement j'ai subi ça, mais en plus c'est à moi de me soigner ? ». Il peut même s'agir d'une triple peine, lorsque les systèmes législatif et judiciaire, ou la société de manière générale, ne remplissent pas pleinement leur rôle. On ne doit en aucun cas considérer une personne responsable de tout ce qui lui arrive. En revanche, à travers une thérapie, on peut l'accompagner à acquérir les armes nécessaires pour poursuivre sa vie au mieux, et à comprendre sa part active dans les relations.
Une thérapie individuelle ne se substitue pas au maillage social et à la lutte pour une Justice équitable.
Bibliographie :
La Différenciation du Soi – Murray Bowen (1996)
L'approche basée sur la Différenciation de soi - Muriel Meynckens-Fourez et Marie-Cécile Henriquet-Duhamel (2007)
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